mercredi 5 septembre 2007

3


Elle nous annonce sa venue, comme elle l'a fait avec Jenny. Elle tombait sur le côté, les membres raides, et ressortait de sa syncope en titubant déboussolée. La vie l'avait déjà quittée, le vide l'habitait, déjà la mort prenait ses aises. Je pouvais la fixer dans les yeux le dernier soir. Elle me parlait à travers son regard. Etait-ce Jenny qui me faisait ses adieux ou la mort qui se présentait comme nouvelle maîtresse? Le matin, je la tenais dans mes bras, elle avait des convulsions, elle réagissait à ma voix, à mes frappements de mains. Plus je faisais du bruit, plus ses pattes couraient dans le vide. Elle se trouvait quelque part, ailleurs. Elle pouvait de cet endroit m'entendre, peut-être courait-elle vers moi, vers ma voix? Où était-elle? Je la tenais dans mes mains, je tenais ce fil qui la reliait à la vie mais aussi qui me permettait de l'accompagner jusqu'à cet endroit. L'endroit où elle se dirigeait. J'avais la possibilité d'arriver jusqu'au seuil, jusqu'au perron d'entrée. Je la perdis, les appels ne suffisaient plus, les caresses ne suffisaient plus, l'espoir n'existait plus. Un gargouilli dans son ventre. Sa bouche s'ouvrit. Un souffle s'en échappa. Sa tête retomba. Elle n'était plus. Je n'avais que son corps. La mort détient son âme et je lui en veux. Je ne maîtrisais rien. Elle m'a salit de son départ, et marqué à vie de son absence. Je suis vide à cet instant-là. Je ne sais pas vous transcrire la préciosité de son être, si ce n'est qu'après le cordon argenté coupé, je n'ai pas espéré mais désespéré à vouloir la ramener auprès de moi. Cet instant de désespoir est une prise de conscience. L'absence est un puissant révélateur. Un révélateur d'amour. La mort révèle l'amour. Quand je dis préciosité de l'être, je dis préciosité de l'amour. Le déclic fait tilt. La claque secoue. Je redécouvre ma Boîte. Je redécouvre mon corps. Je redécouvre mon être. Je renaît.
Je l'ai posée délicatement sur une serviette, sur le côté gauche, et je l'ai recouverte avec le reste du tissu. Je l'ai caché. Je ne voulais pas la voir. Je ne pouvais pas la regarder une fois de plus dans les yeux. L'image de sa tête qui tourne dans un soufflement éraillé se répète. Une fois, deux fois, dix fois, vingt
foix, cent fois... C'est le moment où l'inconnue lui ouvre la porte, où Jenny la franchit, où elle m'abandonne. Debout, le désespoir s'éteignit. Je savais. Je savais tout à présent. Si seulement j'avais su, je l'aurai laissée confiante. Je ne pouvais plus bouger. Seule à l'intérieur de moi, de ma Boîte, je m'abandonne, je ne suis plus, je me punis, je suis mauvaise, je me hais.
Je suis vide.
Un froid s'empara de mon corps, la mort était encore présente tout comme l'amour meurtrie. Je sentais la main, sa main gratter ma chair, les doigts s'enfonçaient entre mes côtes, la main crochue saisit la partie gauche de ma cage thoraxique et l'arracha sauvagement. La viande se déchira sous les cris écorchés des os brisés. Mes muscles se soumirent face à tant de force.
Je me laisse faire.
Les flots incessants lavaient mon corps. Elle s'empoigna de mon coeur, planta ses ongles longs dans le myocarde et déchira l'organe baveux. Mon coeur devint passoire. Mon coeur se vida. Je la laissais déraciner cet être.
Il ne m'appartient plus. Il t'appartient.
Elle me laissa à son tour, le corps mutilé, le coeur amputé.
Dans mes oreilles, Running to stand still me sussure ces paroles: "Je vois seulement une seule voie pour partir. Tu dois pleurer sans verser de larmes. Parler sans prononcer de mots. Hurler sans élever la voix, tu sais. J'ai prit le poison, dans le jet empoisonné, Alors j'ai flotté hors d'ici". Moi aussi, je flotte à présent. Mon corps danse à la surface de l'eau. Les dernières images de Jenny me bercent comme un doux adieu.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

pourquoi pas:)