mercredi 5 septembre 2007

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Je les observe comme un tableau signé par la maîtrise d'une main divine. Ils sont si changeants, si difformes, si rares et soudain si encombrants. Ils ont des humeurs eux aussi. Ce sont des êtres comme le soleil est un astre. Nous sommes des êtres comme Dieu est un astre.
L'astre teint le bord des corps, en change la couleur, la rend plus clair, plus belle. Il transperce les plus fragiles en leur coeur, et les amène à la pureté de leur être. Certains laissent des bouts de fumée blanche sur leur passage. Ce sont les souvenirs, les restes du présent, les débris du passé. Ils s'enfuient avec les forces invisibles qui les poussent vers un chemin, leur chemin. Ils s'entrechoquent, se mélangent, font l'amour, se détachent, se dissipent, disparaissent. Ils se nourrissent des autres. Ils pleurent les autres. Ils meurent de chagrin en se vidant de leurs larmes qu'ils plantent pour une dernière fois six pieds sous-terre. Ils sont nous. Nous sommes eux. Je suis l'un d'entre eux, mais je ne le trouve pas. Ils nous envoient des signaux: "Oh regarde, on dirait un tigre!" Je cherche constamment à déchiffrer leur language, car il y en a un. Tout n'est pas que hasard. Je n'y crois pas. Le mystère m'étouffe, la beauté des nuages me brûle à chaque fois que je lève la tête, moi aussi je veux percer les nuages, moi aussi je veux être un astre. Je veux être le soleil. Mais je suis sous les nuages, je subis leur tyrannie et leur bonté, je suis soumise à leurs humeurs. Le soleil lui n'en a pas. Il a un double visage. Son autre a un visage creusé et un corps mince. Son éclat n'est pas aussi aveuglant mais il est bien plus impressionnant accompagné de sa toile noire maculée d'or. C'est grâce à leur présence que nos yeux nous sont utiles. C'est grâce à eux que je vois les limites de ma Boîte charbonnée. C'est grâce à eux que je redécouvre mon corps.
Nous sommes trois: le soleil, les nuages et moi.
Moi aussi je suis double, je caresse et je transperce, et, je transperce et je dépèce. Je rayonne et je brûle, et, je brûle et j'effraie. Je suis le soleil.
C'est dans le miroir que je me vois ; dans le reflet de l'eau, des larmes des nuages, dans leur cimetière que j'existe. Je ne peux pas les saisir vivants, mais morts. Je plonge mes mains dans l'eau glacée, mon reflet se courbe. Je veux leur mystère mais je ne tiens que leurs cendres. Je m'immerge dans leurs âmes passées, je nage vers les profondeurs, vers les antres obscurs qui m'attirent tant, mes doigts creusent ce mystère et poussent mon corps vers la source, j'y suis presque. Mes côtes se reserrent, les dernières bulles s'échappent de mes narines et courent vers la surface. Encore une poussée. Encore une. Ma vision se restreint. Mes pattes brassent désespérément le néant, elles peinent à porter plus loin mon corps face aux âmes dérangées par mon immersion qui m'agrippent et me tirent . Comme si j'étais un danger, comme si je pouvais les atteindre de la même façon qu'ils m'atteingnent par leur beauté, comme si le mystère se trouvait tout près. Il faut se battre. Le néant est là, la mort est là. Je veux la saisir, je veux l'explorer. Les mains crochues me saignent les jambes, mes hanches sont prises. Inutile. Je ne vois plus rien. Je n'entends plus rien. Je sens leurs mains me transporter avec délicatesse vers le bord, vers la surface, au-dessus de la limite entre la vie et la mort. Elles veulent mon bien. Pourquoi ne m'ont-elles pas laissées? Pourquoi je remonte? Comment se fait-il que je sois attirée vers la surface et non vers les abysses? Où est passé ce putain de centre de gravité? Le point de gravité est-il la mort? Nous sommes tous soumis à la gravité. Nous sommes tous soumis à la mort. Est-ce là que je finirai? Quand je tomberai pour la dernière fois, est-ce que mon âme coupera le cordon argenté qui le relie au corps pour traverser les âmes passées et atteindre l'endroit de tous les mystères? Est-ce qu'il faut franchir la mort sans le corps? Est-ce que mon corps était de trop dans mon escursion? Les âmes ne m'ont-elles pas laissées passer à cause du corps et non pour mon bien? Sont-elles aigries ou protectrices? Sont-elles en paix? Il n'y a que des questions et aucune réponse. La vie est tellement séparée de la mort que l'on ne connaît que son nom. Il n'y a aucune fuite, aucune information. Rien.

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